La tradition des oeufs à Pâques
La tradition d’offrir des oeufs décorés, teints ou travaillés est bien antérieure au christianisme.L’oeuf est sans doute le plus vieux et le plus universel symbôle de vie et de renaissance notamment et de multiples rituels lui ont été associés depuis la nuit des temps.
Ainsi, les égyptiens et les perses avaient pour habitude de teindre des oeufs aux couleurs du printemps et de les offrir à leurs proches pour symboliser le renouveau de la vie.
En Ukraine, l’acte de décorer les oeufs (appelés alors pysanky) était rituellement associé à la venue du printemps dès la préhistoire.
Le jour de Pâques, au XIIIème siècle, à Paris, les clercs des églises, les étudiants de l’Université ainsi que les jeunes gens des différents quartiers s’assemblaient sur les places publiques et formaient un long cortège en tête duquel on retrouvait bannières, tambours et trompettes. Ils se rendaient en choeur sur le parvis de l’église cathédrale, où ils chantaient une partie de l’office appelée "Laudes" puis ils s’éparpillaient dans les rues où ils faisaient la quête des oeufs de Pâques.
Dans l’antiquité gauloise, les druides attribuaient des qualités merveilleuses à l’oeuf de serpent (pierre en forme d’oeuf), qu’ils croyaient formée de bave que jetaient les serpents lorsqu’ils étaient entrelacés.
Quand ils en avaient trouvé un, ils s’en saisissaient et s’enfuyaient au galop. Ils pensaient que les serpents ne cessaient de suivre le cavalier que lorsque une rivière les séparait.
La tradition voulait que l’on s’envoit des oeufs teints en rouge ou en bleu et bariolés de diverses couleurs entre parents, amis et voisins. Enfants et domestiques recevaient également des présents.
Ces oeufs de serpent ne seraient en fait rien d’autre que des oursins fossiles qui abondaient dans certains coins.
Dans le courant des deux derniers siècles, on portait, à l’issue de la messe de Pâques, des corbeilles d’oeufs dorés dans le cabinet du roi, qui les distribuait à l’assistance. On dit que Louis XIV fit parvenir à Melle de Lavallière un oeuf de Pâques contenant un morceau de la vraie croix. Quant-à Louis XV, il distribuait à ses courtisans des oeufs gravés ou peints.
Watteau, Bouchet, Lancret en décorèrent qui devinrent de véritables oeuvres d’art.
Sous l’empire, on offrait aux élégantes des oeufs en sucre candi ornés de fanfreluches et garnis de friandises. Et Mallarmé écrivait des vers sur ceux qu’il offrait.
La cour de Russie : les oeufs de Fabergé
Après la révolution, cette tradition se maintint dans d'autres cours royales et trouva un développement exubérant à la cour de Russie, où le paroxysme " pascal " sera atteint par la réalisation du très célèbre bijoutier Fabergé. En 1884, le tsar Alexandre III lui commanda un oeuf de Pâques. L'oeuf en or émaillé de blanc contenait une poule miniature.
Il devint alors le fournisseur officiel de la Cour.
Il réalisa quarante quatre oeufs pour le Tsar Alexandre III et son fils Nicolas II : le portrait du tsar et de ses enfants, le yatch impérial, la statue équestre de Pierre le Grand.
Peter Carl Fabergé
Les oeufs décorés les plus célèbres sont sans aucun doute ceux créés par le bijoutier Peter Carl Fabergé (1846-1920).
L’oeuf commandé en 1884 par Alexandre III fut le premier d’une longue série (plus de 40 au total) réalisée pour les deux derniers tsars de la Russie Impériale.
La surprise contenue dans l'oeuf, c'est une tradition qui remonte au XVIème siècle, et certaines sont même passées à l'histoire tant elles étaient exceptionnelles : c'est le cas de la statuette de Cupidon renfermée dans un énorme oeuf de Pâques offert par Louis XV à Madame du Barry, du brûle-parfum trouvé en 1770 par Catherine II ou encore de la minuscule poulette cachée dans un précieux oeuf conservé à Copenhague dans les collections royales du château de Rosemborg.
C'est justement ce dernier objet en or massif qui est à l'origine des célèbres oeufs impériaux russes que l'on doit à l'imagination de Peter Carl Fabergé, orfèvre du Tsar. En effet, une princesse danoise - Dagmar - épousa le Tsar Alexandre III, prenant le nom de Maria Feodorovna, et décrivit à son mari cet objet qu'elle avait admiré plusieurs fois avec un tel enthousiasme et une telle nostalgie que celui-ci en commanda un tout à fait identique à l'orfèvre de la cour impériale.
On était en 1885 : dès lors, tous les ans à Pâques, l'artiste génial inventa une nouvelle merveille, de plus en sophistiquée, et l'offrit à sa souveraine.
Cette tradition plaisait beaucoup à Nicolas II qui, couronné en 1896, offrait de splendides exemplaires à sa mère et à son épouse, et on estime qu'entre 1885 et 1916, pas moins de 56 joyaux sont sortis de l'atelier magique de Fabergé.
Avec le temps, la fabuleuse collection des Romanov a été dispersée, mais on sait qu'une dizaine de ces oeufs de Fabergé sont au Kremlin, deux autres appartiennent à la reine Elizabeth II et 12 autres ont été achetés par Malcom Forbes, éditeur et écrivain américain.
Il arrive que quelques-unes de ces oeuvres exceptionnelles apparaissent sur le marché international de l'art et atteignent des prix vertigineux : la dernière vente remonte à 1994, quand Christie's adjugea le Winter Egg pour 3,5 millions de livres. Ces chiffres tout à fait prodigieux se justifient par le fait que ces objets sont de véritables chefs-d'oeuvre, encore que de petite taille.
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